Christiane Taubira

Née le 2 février 1952 à Cayenne (Guyane), Christiane Taubira est une femme libre qui a toujours choisi sa vie. Forte tête, cette femme est un électron libre de la vie politique française. Elle est aujourd’hui Garde des sceaux, ministre de la Justice.

Christiane Taubira

Jalons d'une vie

L'audition publique de Christiane Taubira

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Née à Cayenne en Guyane, Christiane Taubira est issue d’une famille modeste — sa mère, aide-soignante, élèvera seule ses cinq enfants, et mettra au centre de leur éducation l’intégrité personnelle, la probité morale, le respect des autres et le sens de l’effort. La petite Christiane s’en souviendra… Elle deviendra plus tard elle-même mère de quatre enfants.

Elève brillante et avide de savoir, elle est poussée par ses enseignants à partir vers l’Hexagone (à Paris) pour poursuivre des études supérieures. C’est là qu’elle forge sa conscience politique, au sein de l’Union des Etudiants Guyanais. A la Sorbonne, elle obtient un diplôme de 3e cycle en sciences économiques, mais aussi en sociologie et ethnologie afro-américaines, ainsi qu’en agro-alimentaire ! Forte de ce parcours académique, elle rentre en Guyane, bien décidée à chercher sa voie jusqu’à la trouver ! Elle décide de ne jamais rester plus de 4 ans dans un même poste, et devient professeur de sciences économiques en 1978.

Quelques années plus tôt, cette femme, INDÉPENDANTE dans ses choix comme dans ses convictions, avait fait ses premières armes en politique comme militante indépendantiste, estimant que les autorités françaises, par méconnaissance, par indifférence et parfois par mépris, entretenait de fait le sous-développement de la Guyane avec des méthodes typiquement coloniales. Sans renier les analyses qui l’ont poussée à adopter cette voie, elle abandonne cette option pour contribuer, à la place qui est la sienne, au développement de la Guyane. Le mot d’ordre de l’indépendance a perdu sa résonance dans le cœur et dans l’esprit des gens. Nous sommes en 1982. La gauche est au pouvoir depuis un an.

Cofondatrice de l’association agricole Caricoop pour la Guyane (Confédération caraïbe de la coopération agricole), elle en est la directrice générale de 1982 à 1985, et fait un sérieux ménage dans la filière « pêche » gangrenée par les « petits arrangements entre amis »… Elle y montrera son talent, sa compétence, mais aussi sa force de caractère et sa rectitude à toute épreuve. Elle anime aussi une émission régulière à la radio où elle expose avec pédagogie les enjeux et les mécanismes du développement socio-économique en matière agricole. Cela lui vaudra une réputation de femme brillante, intègre, au service des Guyanais, et donc beaucoup de sympathies, mais aussi beaucoup d’ennemis haut-placés qui commencent à connaître (et à craindre) cette femme qui n’a qu’un seul maître : sa conscience.

1993. Sans qu’elle en ait connaissance, des Guyanais commencent à militer, à la radio et ailleurs, pour que Christiane Taubira les représente à L’Assemblée Nationale. De petites délégations de citoyens commencent à affluer, chez elle. Et c’est NON ! Il n’est pas question qu’elle s’engage dans une voie qu’elle n’a pas choisie, et surtout pas en politique : qu’irait-elle faire dans cette galère, elle qui tient le milieu politique en si piètre estime ? « Tout y est si sale », elle en est convaincue. Elle a d’ailleurs déjà accepté un poste de professeur d’économie à l’Université de Montréal. Elle vient aussi de refuser le poste de Directrice Générale des Services du Conseil régional de Guyane, que le président de la Région lui offre sur un plateau (pour la neutraliser ?). Mais la pression des citoyens continue. Elle écrira : « Je me rebiffe, mon agacement enfle, grimpe, atteint son apogée, manque de m’étouffer… avant de s’évaporer soudain, à la conscience que c’est le corps social, divers, composite, contradictoire et divergent qui converge vers cette déraisonnable requête. Le 17 décembre 1992, j’annonce publiquement ma décision de concourir aux législatives. Trois jours plus tard, la télévisions publique diffuse un reportage montrant la file d’attente devant la mairie de Cayenne, des femmes et des jeunes principalement, venus se faire inscrire sur la liste électorale » (in Mes météores). Après une campagne d’une rare violence, où elle est calomniée et traînée dans la boue, mais portée par une dynamique civique qui la dépasse, et grâce à une succession de choix courageux, elle est élue députée « non inscrite » de Guyane. Elle crée en 1993 le parti Walwari (« l’éventail ») et en devient la présidente. La même année, sans préjugés ni a priori partisans, elle vote, à l’Assemblée nationale, l’investiture du gouvernement Édouard Balladur.

Elle intègre un petit groupe parlementaire, République et liberté. En avril 1994, elle est observateur parlementaire aux premières élections multiraciales en Afrique du Sud. Elue députée européenne de 1994 à 1999, elle sera réélue députée au parlement français en 1997, 2002 et 2007. À sa réélection en juin 1997, elle se voit confier par Lionel Jospin un rapport sur la recherche de l’or en Guyane. En 2002, elle est la candidate du Parti radical de gauche à l’élection présidentielle avec une campagne axée sur l’« égalité des chances ». Elle obtient 2,32 % des voix au premier tour. Beaucoup l’accuseront d’avoir fait perdre Lionel Jospin simplement parce qu’elle a maintenu sa candidature jusqu’au bout, portant des valeurs et des projets différents de ceux du candidat socialiste. En 2007, Nicolas Sarkozy devient président de la république et lui propose d’entrer au gouvernement : elle refuse ; en avril 2008, le président de la République lui confie une mission sur les accords de partenariats économiques entre l’Union européenne et les pays Afrique-Caraïbe-Pacifique. Son rapport remis deux mois plus tard émet de lourdes critiques envers ces dispositifs et formule des préconisations jugées audacieuses, mais mal reçues à l’Elysée.

À la suite de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle, elle est nommée pour la première fois au gouvernement le 16 mai 2012 en devenant ministre de la Justice, garde des Sceaux. Les premières mesures qu’elle désire appliquer sont une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel et la suppression des www.francemedicale.net/levitra/ tribunaux correctionnels pour mineurs pour garantir la spécificité de la justice des mineurs. Elle porte début 2013 le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Sa combativité et son obstination lors de la présentation et de la dizaine de jours de discussions à l’Assemblée nationale où elle est toujours présente, font de ce débat un « moment » particulier de sa carrière politique. La ministre s’est aussi engagée à présenter un projet de loi assurant la protection des sources d’information des journalistes.

Christiane Taubira est fréquemment considérée par les politiques comme un « électron libre », en raison de ses prises de position personnelles qui entrent mal dans une logique de parti. Contrairement au Parti Socialiste et au Parti des Radicaux de Gauche, elle s’oppose ainsi en 2004 au vote de la loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques considérant que « faire œuvre législative plutôt que mission pédagogique, c’est perdre foi en République, alors que sont soigneusement évités les terrains où se nouent les tensions les plus lourdes de sens dans l’affrontement éthique. » En 2005, elle prend position pour le « Non » lors du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, à l’encontre de son propre parti.

Christiane Taubira a donné son nom à la loi française votée le 10 mai 2001, à l’unanimité par les députés et sénateurs, qui reconnaît comme crimes contre l’humanité la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté.

  • Date : le 17 mai 2013
  • Lieu : Lyon

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